Nous sommes heureux de fêter avec vous le 80ème anniversaire de la Fondation de la Maison de la Chimie et nous vous remercions pour votre intérêt pour notre action.

La Maison de la Chimie et la Fondation internationale qui la gère depuis maintenant plus de 80 ans doivent beaucoup à Marcelin Berthelot, puisque leurs créations sont directement associées aux initiatives prises par les plus hautes personnalités politiques et scientifiques de l’époque pour honorer sa mémoire et commémorer le centenaire de s naissance, en 1927, prolongeant ainsi, d’une certaine manière, son action.

La Fondation de la Maison de la Chimie se veut fidèle à cet héritage de valeurs dont Marcelin Berthelot est porteur : la recherche systématique de la créativité et de l’excellence scientifique, le soutien à l’audace intellectuelle, le désintéressement au service de la science en général, et de la chimie et de ses applications en particulier, une participation active à la vie de la cité, un profond respect de l’opinion des autres, une constance dans l’effort de la diffusion de la culture scientifique, ces valeurs, qui ont animé la vie et l’action de Marcelin Berthelot, et d’une certaine manière de deux de ses contemporains, Claude Bernard (1813-1878) et Louis Pasteur (1822- 1895), tous trois figurent emblématiques de la science française. Berthelot (1827 – 1907), le plus jeune d’entre eux, interagit en effet étroitement avec ses deux collègues de manière directe dans plusieurs des cadres où ils eurent l’occasion de travailler, notamment au Collège de France, à l’Académie des Sciences, à l’Académie Française, à l’Académie de Médecine et au Sénat.

La création de la Maison de la Chimie est clairement postérieure à l’existence de Marcelin Berthelot. Et pourtant cette Maison des chimistes du monde entier ainsi que l’ont conçue ses créateurs lui doit beaucoup. Jugez-en plutôt.

La Fondation de la Maison de la Chimie est née de l’idée lancée en France dans les années 1910 – 1920 par plusieurs associations savantes, notamment la Société Chimique de France, en concertation avec l’Union internationale de chimie pure et appliquée, l’IUPAC, d’édifier une « maison de la chimie » pour faciliter les relations, d’une part, entre les sociétés savantes elles-mêmes et, d’autre part, entre ces sociétés, le grand public et l’industrie. Cette maison devait être à la fois un lieu où les divers groupements nationaux et internationaux disposeraient de locaux pour développer leurs relations et organiser des congrès internationaux, notamment en assurant un siège digne de la France pour l’IUPAC créée en 1919, et un centre de documentation internationale au moment où explosait le flux des publications scientifiques. C’était réaliser d’une certaine manière le vœu qu’avait formulé Berthelot en déclarant en juillet 1900, lors d’un congrès de chimie qu’il présidait : « la chimie, messieurs, n’est pas une doctrine individuelle ou une propriété nationale. Tous les peuples civilisés du XVIII° siècle ont concouru à la fonder et tous les peuples du XIX°, animés d’une ardeur commune, s’efforçant de la développer et d’en agrandir à la fois les doctrines et les applications dont ils profitent tous. Que toutes les nations, grandes et petites, se donnent la main dans l’accomplissement de cette œuvre de paix universelle ». Le Président Painlevé traduisait d’une certaine manière cette relation quand, le 6 mai 1927, lors du lancement de la souscription à la Sorbonne en faveur de ce qui est aujourd’hui notre Fondation, il déclarait : « cette maison sera un foyer de la science à laquelle Berthelot a voué toute sa vie, une noble entreprise de rapprochement intellectuelle et de solidarité entre les peuples ».

Mais comment s’est créé concrètement ce lien entre Marcelin Berthelot et la Fondation de la Maison de la Chimie ? C’est un exemplaire du fascicule édité à l’occasion de la cérémonie de 1927, soigneusement conservé à la Fondation qui nous en donne la clé. Sous le titre « Un foyer de la science chimique : la Maison de la Chimie », il est en effet indiqué :

« Sous le Haut Patronage de M. le Président de la République Française, du Président du Sénat, du Président de la Chambre des Députés, du Gouvernement, du Corps diplomatique en poste à Paris et des Présidents des Académies des sciences, de médecine et d’agriculture, un Comité s’est constitué pour préparer la célébration du Centenaire de la naissance de Marcelin Berthelot qui aura lieu en octobre 1927, soit vingt ans après sa mort. Ce Comité a pensé qu’au lieu d’élever un monument nouveau, il valait mieux faire œuvre utile et édifier, en la mémoire de l’illustre chimiste, la Maison de la Chimie. Une souscription internationale est ouverte à cet effet ».

Ce Comité créé en 1926 était des plus relevés. Il était présidé par Paul Painlevé, ancien Président du Conseil et comprenait entre autres Henry le Chatelier et Paul Sabatier, sans compter d’autres personnalités et autorités toutes plus éminentes les unes que les autres. L’ambition état particulièrement élevée puisque le texte fondateur du Comité poursuivait ainsi :
« La Maison de la Chimie permettra de coordonner les efforts de tous ceux qui travaillent au progrès de la science chimique et au développement de ses applications. Une bibliothèque, dépôt de la production intellectuelle mondiale, des salles de travail où professeurs, industriels, commerçants, économistes, agriculteurs, médecins, … pourront trouver la documentation nécessaire à leurs travaux seront les bases de l’organisation d’une vie collective féconde. La Maison de la Chimie constituera un véritable foyer où les chimistes des divers pays contributeurs seront certains d’y recevoir un accueil digne de leur personnalité. Et par là, elle deviendra un nouveau et puissant facteur de rapprochement intellectuel entre les peuples. »
Ce manifeste se concluait par ces propos concernant Marcelin Berthelot :

« L’œuvre de Marcelin Berthelot est immense. Elle manifeste un des esprits les plus puissants et les mieux équilibrés qui furent jamais, un génie scientifique et encyclopédique qui savait, au besoin, étonnamment se spécialiser. Ses recherches poursuivies sans interruption pendant 57 ans, dont 47 comme professeur au Collège de France, ont étaient publiées dans plus de douze cents notes ou mémoires. Bien qu’ayant également abordé la thermochimie, la chimie agricole et l’histoire de la chimie, c’est surtout par la synthèse chimique qui reproduit les corps naturels et tire chaque jour du néant des milliers de composés que la Nature n’avait jamais connus, qui font la richesse et la prospérité des nations et qui accroissent sans le bien être de l’espèce humaine que Marcelin Berthelot s’est élevé au rang des grands novateurs dont l’histoire de l’esprit humain recueille le nom et perpétue la mémoire. »

Camille Matignon, membre de l’Institut, professeur au Collège de France, déclara en 1927 : « Par son caractère de haute utilité internationale, par la coordination qu’elle permettrait de tous les organismes qui ont pour but de contribuer aux progrès de la chimie et de ses applications, la Maison de la Chimie traduirait aux yeux de tous, avec une particulière netteté, la puissance irradiante du grand chimiste disparu en 1907. »

Il fallut attendre 1926 et les préparatifs de la célébration du centenaire de la naissance de Marcelin Berthelot pour que l’idée soit reprise dans un grand enthousiasme et dans une perspective internationale. La réalisation fut confiée à la Fondation créée à cet effet et reconnue d’utilité publique le 12 août 1928. L’inauguration eut lieu le 1er décembre 1934.

Au total, pour la France, le montant de la souscription fut de plus de 2 M€ de l’époque, avec plus de 63 nations étrangères participantes dont le Royaume-Uni de Grande-Bretagne, les Etats-Unis, le Venezuela, la Colombie, …. Une somme considérable qui, après quelques aléas bien français, permit d’acheter l’Hôtel de la Rochefoucault d’Estissac, pour une large part tel qu’il existe encore aujourd’hui à Paris, au 28 de la rue Saint-Dominique. Cet achat donna lieu à une loi signée par Gaston Doumergue, Président de la République, après un vote à l’unanimité par les deux chambres et dont l’exposé des motifs était : « Le monde entier a voulu commémorer le centenaire de Marcelin Berthelot en élevant à sa mémoire un monument digne de lui.
Ce monument n’est pas une nouvelle statue ; sa gloire sera mieux servie par une institution placée sous son égide et ayant pour but de contribuer au progrès de la science à laquelle il a consacré toute sa vie ». Et lors de la pose de la première pierre, le Président de la Société de Chimie Industrielle déclarait : « En construisant la Maison de la Chimie, la France veut réaliser par l’entraide et la collaboration humaine dans le domaine de la Science, le rêve de Berthelot ».

Aujourd’hui, la Maison de la Chimie, fidèle à sa mission initiale de « développer les relations entre savants, techniciens et industriels, et de contribuer à l’avancement de la science chimique dans toute l’étendue de son domaine et aux développements de ses applications » et ainsi « d’œuvrer en faveur des relations vraies et confiantes entre la chimie et la société », est toujours le lieu de rencontre de l’ensemble des chimistes français et étrangers. Elle héberge l’ensemble des sociétés savantes françaises qui œuvrent avec elle à la promotion de la Chimie. Elle a pour partenaire la Chemical Heritage Foundation américaine localisée à Philadelphie.

Pour financer ses activités statuaires, tirant parti du patrimoine immobilier qu’elle a reçu en dotation, elle a su créer, au cœur de Paris, un centre de congrès, ouvert à tous dans un cadre prestigieux, de grande qualité. Il accueille chaque année plusieurs centaines de manifestations scientifiques, techniques, professionnelles, culturelles, politiques ou d’entreprise, au-delà des colloques ou réunions qu’elle organise elle-même.

Nous remercions tous nos partenaires et nos clients pour leur fidélité. Nous remercions aussi les membres de nos Conseils d’Administration et Scientifique qui bénévolement nous ont apporté depuis 80 ans ou nous apportent encore actuellement leur précieux concours. Nous remercions enfin tous les bénévoles qui sont les porteurs de nos actions et sans qui rien ne pourrait être réalisé. Sans leur exceptionnel dévouement et leur générosité que je salue, la Maison de la Chimie n’aurait su fêter ses 80 ans et plus encore être promise à un bel avenir au service de la société toute entière.


Bernard Bigot

Président de la Fondation de la Maison de la Chimie